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Absurde-Idée

La couturière.

le 16/02/2009 à 17h26
Le fantôme s'efface, de plus en plus pâle. Il vous salue d'un signe de tête et s'éloigne.
Vous ne savez trop comment réagir et demeurez sur place, contemplant le corps de Gamine, à nouveau à terre. Elle semble inconsciente mais vous n'osez pas l'approcher.

Une silhouette se dessine dans le fond de la pièce. Elle a l'air d'un personnage haut en couleurs en comparaison aux autres, elle est si différente. C'est une petite femme d'une quarantaine d'années, aux rondeurs qui vous changent agréablement, elle porte une jolie robe de femme des campagnes et sur ses lèvres demeure la trace d'un sourire.

Elle s'approche de Gamine, la prend dans ses bras pour aller l'allonger un peu plus loin, puis la recouvrir d'une couverture. Puis retourne s'asseoir derrière une grande table et se remet à la tâche. Vous ne bougez toujours pas.

Elle vous fait signe. Vous la rejoignez sans appréhension. Elle coud minutieusement des perles sur une robe de jeune femme. Vous laissez les minutes s'écouler, de plus en plus longues. Vous finissez par vous asseoir à côté d'elle, dans une contemplation absente de ses gestes précis, rapides, toujours les mêmes. Enfin elle finit son travail, se lève et tend la robe devant elle. Elle est somptueuse.
Tranquillement elle se dirige vers l'une des immenses armoires du fond de la pièce, en sort un cintre, revient, y suspend la robe et repart la glisser entre deux autres robes du même style.
Puis elle va ramasser un à un les costumes et accessoires éparpillés à terre, les défroisse, les époussette, les range. Elle revient mettre de côté les accessoires cassés, dans un vieux carton, et les vêtements déchirés dans un placard débordant de fils, aiguilles, ciseaux, mètres rubans et tissus de toutes sortes.

Elle se tourne vers vous.

Et toi, tu ne fais rien ?

Pris de court, vous ne savez que répondre.


Mm, je vois. Tu prends de mauvaises habitudes : tu ne réponds plus, tu ne manges plus, tu ne vois plus la lumière du jour. Et voilà que tu ne fais plus rien. Non, il n'y a rien à répondre. Tu as visité une petite partie des lieux et tu as peur de la suite.

Vous ne savez quoi dire, elle n'a pas tout à fait tort.


Pauvre ami...

Elle vous plante là un instant et revient, les bras chargés de ce qui semble être un tas de tissus.

Tu vas travailler un peu, sinon tu deviendras fou toi aussi. Tiens, prend ça.

Elle vous fourre sans ménagement dans les mains une veste chic à laquelle il manque tous les boutons et une manche.

Vous la regardez avec des grands yeux : vous ne savez pas coudre !
Elle rit.

Comment crois tu que j'ai commencé, j'ai appris comme tout le monde !

Elle vous tend un morceau de tissu rouge.

Pour la manche.

Déconcerté, vous vous mettez à la tâche. Vous décidez de commencez par les boutons. D'un regard malicieux, elle vous indique un petit tiroir dans son placard à fils. Il est plein de boutons de toutes sortes. Vous les regardez tous, émerveillé comme un enfant devant tous ces trésors. Longtemps après, vous arrêtez votre choix sur une série de boutons plats et revenez à votre tâche.
La couturière rit à nouveau.


Hé bien, si je t'avais donné le costume du spectacle de ce soir la pauvre NsL n'aurait jamais pu jouer !

Un peu gêné, vous vous hâtez de vous remette au travail. Vous cousez tous les boutons assez vite et décidez de vous attaquer à la manche. Là, la couturière se penche vers vous et patiemment vous apprend les gestes à faire. Le travail est long et laborieux, mais le costume ne doit pas souffrir de la moindre imperfection. Lorsque que vous devenez plus sûr de vous, elle retourne à son costume étrange. De temps en temps, Gamine, se retourne dans un sursaut, mais ne semble pas se réveiller. Le temps s'écoule, pour la première fois depuis que vous êtes ici, vous en prenez conscience. Vous vous sentez étrangement apaisé.

Puis votre costume prend forme. Le morceau de tissu borgne que l'on vous tendait quelques temps auparavant est devenu la veste d'un homme noble, et c'est avec une immense fierté que vous arrêtez votre dernier point, que vous coupez votre dernier fil.

La couturière n'a pas encore terminé. Vous ne résistez pas à la tentation d'essayer votre costume et de jouer un instant, sans vous rendre compte qu'elle vous regarde mimer les attitudes d'un jeune Marquis avec son sourire dans un coin des lèvres.

Vous revenez en baissant la tête. Elle sourit de plus belle.


Tu as retrouvé un peu de vie. Il faut toujours travailler ici. Sinon tu deviendras pâle et maigre, comme eux tous. Regarde cette pauvre gosse, ce n'est plus qu'un tas de peau avec des peurs. Même Luce qui a les pieds sur terre plus dérangée qu'elle ne le prétend. Et Amphétamine mon pauvre ami, si tu savais à quoi elle ressemblait avant de venir s'enfermer ici !

Vous écoutez, curieux, vous disant qu'en fait elle non plus n'est pas si normale que cela, elle est toute petite et ne dit même pas bonjour quand quelqu'un arrive !

Et alors, on révèle les noirs secrets de notre bienfaitrice ?


Comme pour confirmer vos pensées, une autre silhouette se dessine à l'entrée de la pièce. Un homme grand comme vous ne pensiez pas que c'était possible se dirige vers vous. La couturière lui tend les bras, il la soulève et l'embrasse tendrement.

Vous rougissez et détournez les yeux comme si vous aviez assisté à ce baiser contre leur gré.
L'homme pose une main sur le ventre de la couturière.


Comment va le petit ?


Vous vous tournez si brusquement vers elle, qu'ils éclatent de rire. L'homme vous répond.


Hé bien quoi, ça vous étonne qu'un enfant puisse naître dans un tel endroit ? Et pourquoi pas après tout ? Il fera sans doute un ravissant comédien dans quelques années.


Vous répondez que oui certainement il fera un très bon comédien et prenez bien vite congé, sidéré.

Sur le chemin qui vous mène à la salle de spectacle, vous méditez sur ce que vous venez de faire. Vous avez créé un costume, ou du moins une partie de costume. Vous avez contribué à rendre le théâtre plus vivant. Ce que vous avez pris pour des rondeurs chez cette femme n'était dû qu'au simple fait d'un ventre rond et d'une population environnante rachitique. Et bien sûr, vous êtes en train de prendre la forme du décor.

Vous réalisez soudain que vous n'avez aucune idée du nombre de personnes qui se trouvent en ces lieux. Vous avez envie de parler à Amphétamine, elle vous doit des réponses.

Décidant que désormais elle ne vous fera plus peur, vous affermissez votre pas.
Indifférent à l'effervescence qui vous entoure, vous avancez droit devant vous.
Vous allez la trouver avant que le spectacle ne commence.

Intermède.

le 23/11/2008 à 17h04

- Et puis quoi, qu'est ce que tu attendais ?

- Rien, j'attends plus rien.
- Menteuse.
- Non.

- Tu vas me tuer ?

- Un jour oui.
- Pourquoi ?
- Pour le simple plaisir d'étaler tes tripes dans
ce lit.
- Ca craint un peu quand même...
- Ca n'a pas d'importance.

- Je la détruirai, et plus jamais je n'aurais à subir sa peur.
...
Et cesse de rire Luce !




Amphétamine c'est l'èxcès.
Revisionnage de 99F.

Je sais plus quoi faire, cet article n'a pas sa place ici.
Y'a des tas d'histoires dans ma cervelle, si je ne trouve pas le temps de les faire sortir ça va être dur...

Je ne suis pas un ordinateur.

Et pourtant, on me formate, comme les autres.

Je sais plus.

.
.
.
.
.
.

Je voudrais m'envoler. Suspendue dans les airs entre le temps et rien.
Suspension, de tout. Tout est plus lent seulement parce que le temps s'étire.
Et l'éternité pour penser.


Luce, c'est l'équilibre.

Luce, c'est l'équilibre.
Plus que 21 jours.


Ca vit toujours là bas aussi.
Perturbé de ce double intermède, vous avancez presque machinalement. Le fantôme vous attend un peu plus loin, comme avec pudeur. Il vous gratifie de ce sourire qui n'en est pas un.

On les voit peu ces trois là. Ne soyez pas choqué, Marquise n'est pas la dominatrice qu'elle parait. En fait je crois plutôt qu'elle les protège. C'est une bonne chose que vous les ayez vues, ça vous aidera à comprendre ma Gamine.

Vous ne répondez pas, vous contentant de le suivre. Le chemin ne vous est pas familier. Il ne vous emmène pas à sa loge comme vous l'aviez cru, mais vous entraîne dans un dédale de coulisses menant sur un nombre de portes entrouvertes impressionnant. Les couloirs sont irréguliers, comme si Amphétamine elle-même avait agrandit son théâtre en fonction de ses habitants.
Le fantôme ralentit de minière à se placer à votre côté, de même qu'un vieil ami.

Vous me prenez sans doute pour l'exemple type du satyre. Non, non, ne protestez pas, c'est certainement le cas... oui ça l'est. Non je n'ai pas honte. Je l'aime cette fille vous comprenez, je l'aime parce qu'elle me sera fidèle, que son âme à elle est sincère, pure. Vous avez bien vu la tache sur ma poitrine le jour de votre arrivée. Celle qui m'a fait ça était tout le contraire. Elle m'a tué. Ne jamais tomber amoureux d'une vraie femme, cela nous fait courir à notre perte.

Non, vous ne comprenez pas, je le vois bien.

Vous savez, Gamine est une vraie femme en réalité. Mais elle n'a pas grandit, ce n'est donc pas une femme entière, alors j'ai le droit de l'aimer. Vous voyez, alors qu'on me reproche de l'aimer parce qu'elle n'est qu'une enfant, je vous prouve que c'est précisément pour cette raison que je peux l'aimer.

Il s'interrompt alors que vous vous apprêtez à lui demander pourquoi Gamine vous aime dans ce cas.
Vous êtes arrivés à une pièce circulaire immense. Cerclée d'étagères, elle regorge de vêtements en tous genres, du costume le plus sobre au plus loufoque. Il y a des couleurs dans tous les coins de sorte que l'on pourrait voyager d'un pays à l'autre en changeant simplement d'étagère. En y regardant de plus près, chaque vêtement est rangé soigneusement à sa place, pourtant l'ensemble donne l'impression d'une folle pagaille.
Dans un coin trône une armoire ouverte débordant de chapeaux dont on remarque avant tout les plumes, devant vous ce sont les manteaux et les capes qui vous appellent à les enfiler, qui vous appellent à changer votre peau pour la leur.

Votre regard aurait eu peine à s'arracher à ce spectacle si une petite forme en boule au pied d'une étagère n'attirait pas toute l'attention.
Gamine tremble de tous ses membres, cherche à se ratatiner plus encore, vous avez le pressentiment qu'elle cherche à rentrer dans ce minuscule interstice entre l'étagère et le sol.

Le fantôme recule de quelques pas, marmonnant qu'il vaut mieux la laisser seule.

Révolté par tant d'indifférence, vous décidez d'agir.
Sans savoir comment vous allez vous y prendre, vous vous approchez.


Gamine...

Elle ne répond pas. Vous insistez.
Son corps diminue encore sa frêle surface.

Vous comprenez qu'elle ne vous écoutera pas et décidez donc de la faire réagir.


Virginia.

Vous regrettez aussitôt votre intervention.

Elle devient méconnaissable, désormais se dresse devant vous une véritable furie. Un visage de femme défigurée par la peur, un visage d'enfant défiguré par la rage, à moins que ce ne soit l'inverse, vous ne savez même pas. Vous comprenez, trop tard, ce dont parlait le fantôme.
Elle se jette sur vous.

Alors que vous vous préparez au choc, le fantôme s'interpose, parant de toutes ses forces la fureur de son amante. Après une brève lutte il parvient à la jeter à terre.

Elle se relève pour foncer droit sur les étagères, elle déchire tous les somptueux costumes se trouvant à sa portée, brise tous les accessoires à sa portée. En un instant, la pièce se change en quelque chose approchant d'un champ de bataille.
Vous ne parvenez qu'un seul mot dans ses hurlements.


SALAUD !

Une robe crache sa poussière dans un déchirement de rage.

JE TE DETRUIRAI !

Un vase vole pour aller exploser tout près du fantôme.
Lui ne bouge pas, impassible.
Vous n'y comprenez plus rien.

Encore...

Le soupir léger d'Amphétamine semble ramener Gamine à la raison une fraction de seconde. Elle s'immobilise.
L'instant d'après elle s'est déjà emparé d'un couteau sur l'étagère la plus proche, s'est ruée sur Amphétamine. Les yeux de la maîtresse des lieux s'écarquillent légèrement sous le choc.
Vous refusez d'en croire les vôtres, Gamine, une simple enfant, une réfugiée de ce théâtre vient de planter un poignard dans le c½ur de l'âme du théâtre, la froide Amphétamine qui impose le respect à quiconque l'approche. Pire encore, elle n'a même pas esquissé un geste pour se défendre.


Gamine tu es ridicule.
Ne recommence jamais cela sur scène ou tu signeras la destruction de cet endroit.

Amphétamine jette l'accessoire au sol avec une aura de mépris non dissimulé.

Un jour ce sera un vrai. Et alors tu n'auras nulle part où aller. Tu seras tout juste bonne à demeurer sur le trottoir à côté de l'entrée, tu survivras dans la merde et l'alcool. Au début tu auras la chance de servir les hommes mariés, ensuite ta clientèle se dégradera, s'adaptant fidèlement à l'état de ton corps. Et puis quand ta chair ne sera plus assez fraîche pour alimenter les fantasmes des pires immondices, tu n'auras plus qu'à crever dans le caniveau sous les regards horrifiés des femmes de bonnes familles, tu sais celles de tes premiers clients.

Si c'est ça que tu veux, tu peux sortir d'ici, je ne te retiens pas.
Si tu veux rester, tu me feras le plaisir de reconnaître que je ne laisse entrer ici aucune ordure, et surtout celui de ne plus détruire le travail des autres.
Tu n'es pas la seule à éprouver du dégoût par ici, alors souviens toi que décence rime avec silence.

Elle quitte la pièce sans laisser un seul bruit, derrière elle Gamine, reste à genoux, immobile.


Je te détruirai.

Salaud.

Je te détruirai.





.
.
.
.



Salaud.




Image de Benjamin.


Vous marchez dans ce théâtre, la voix s'est tue. Elle vous avait mis mal à l'aise. Vous étiez-vous reconnu dans ses propos ? Alors que vous méditez, une autre voix se fait entendre, bien "réelle" cette fois-ci : The Phantom of the Opera is here, inside my mind... C'est une chanson ; la voix est aigüe, vous ne l'avez encore jamais entendue. Vous avancez dans le couloir près des loges, et là vous la voyez.

Elle est assise contre le mur, jambes croisées, et regarde au loin. Lorsque la jeune fille vous aperçoit (elle ne doit pas avoir plus de 15 ou 16 ans), ses grands yeux s'ouvrent, et elle esquisse un sourire.



"Bonsoir. Je m'appelle Chasteté, et vous ?"



Vous ne répondez pas, interloqué par ce nom si étrange. La fille continue :


"Ah, vous n'avez pas de nom... Vous n'êtes personne. Comme Nemo, vous savez, le capitaine... Nemo my name for ever more... Vous avez le droit de trouver mon nom bizarre, mais je le porte bien."



Ses yeux vous fixent intensément.



"Personne ne me touche. Personne. Sauf Marquise. Les autres gens font trop mal."



Elle porte les mains à son collier, un ruban de satin avec un petit cadenas et une clef à côté. Comme si elle lisait dans vos pensées, elle vous dit de sa petite voix :


"Vous vous demandez qui est Marquise ? C'est elle qui me protège, enfin c'est une façon de parler. Quand elle se met en colère elle peut être dangereuse pour nous-mêmes. Elle ne fait pas de mal aux autres. Pas physiquement. Sa langue peut être aussi tranchante que son miroir. Vous la reconnaîtrez facilement : c'est celle qui a des yeux avec plein de noir autour, et elle a toujours un objet tranchant ou coupant sur elle. Elle est très susceptible. Elle peut vous choquer en disant des choses gores. Il a faim d'avoir faim l'outre-mangeur..."


Voyant que Chasteté s'est replongée dans son monde musical, vous décidez de continuer votre chemin, non sans remarquer que durant la conversation, la jeune fille s'était progressivement mise en position foetale.



Les portes menant aux loges sont à gauche, le derrière de la scène à droite. En levant la tête vous apercevez un technicien qui s'affaire. Il y a peu de bruit. Une fille déboule alors d'une loge, l'air semi-catastrophé, semi-étonné. Elle porte un maillot de bain et un chemisier blanc. Son cou, ses bras, et ses poignets sont recouverts de bandages. Elle est très maigre. Elle vous aperçoit et se dirige vers vous. Vous vous demandez ce que vous veut cette folle, vous ne l'avez jamais vue, mais ces yeux vous rappellent quelque chose. Elle se poste devant vous et demande :



"Dites, vous auriez pas des dragées bleues par hasard ?"



Avant que vous puissiez répondre, elle enchaîne :



"Vous comprenez, je suis la seule à avoir des vertes à la piscine, je me sens exclue. En plus si je ne maigris pas je vais encore me faire violer, sauf si j'arrive à prévenir la police avant. De toute façon, quand il verra qu'en fait je suis un garçon ça va le dégoûter. A moins qu'il voie mon corps avant..."



Elle se retourne et, en esquissant un pas de salsa, baisse son chemisier et laisse voir une longue cicatrice le long de son dos. Soudain elle s'écrie :



"Zut ! J'ai un contrôle dans 10 minutes ! je ne serai jamais à l'heure au lycée ! Ah, et oubliez les dragées, je mourrai de toute façon !"



Puis elle fuit par où elle était venue. Une main se pose doucement sur votre épaule.


"Ne lui en voulez pas, elle a vécu tellement de choses... Pour nous ce n'est pas réel, mais elle a tout vécu. Pauvre Yume, elle est devenue folle."



Vous vous retournez et croisez deux yeux très maquillés.



"Je crois que vous devez aller parler à quelqu'un, non ? demande-t-elle. Allez-y, et si vous croisez Yume, dites-lui que le matin approche, ça va la rassurer."


Marquise se retourne et s'éloigne, et chante elle aussi. He's torn between the honour and the true love of his life... En vous demandant comme de telles personnes ont pu entrer dans ce théâtre, vous continuez votre chemin. Ca sent le vieux vêtement, vous aimez cette odeur.



[Cet article est de shinobugogol. Son monde à elle est par ici. J'en profite pour rappeler que tout le monde peut écrire ici, que ce soit un texte pour un spectacle ou un morceau de l'histoire. Je rappelle aussi que ce n'est pas parce que je suis étudiante et que je rentre une semaine sur deux que laisse mon théâtre à l'abandon.]
Vous suivez le fantôme et l'anxiété vous gagne. Une voix susure à votre passage.

Mais non voyons, ce n'est que votre imagination, qu'allez vous encore chercher ?

Pourtant, vous croyez bien reconnaître la voix off. Et en effet, elle gagne en intensité. Elle commence à résonner, comme si votre tête était vide et assez immense pour que les sons y ricochent douloureusement. La douleur s'intensifie. Haletant, vous vous apprêtez à demander grâce quand tout cela cesse.

Vous vous êtes arrêté. Le fantôme vous fixe, une expression de curiosité qui ne lui va pas vraiment.
Vous lui répondez qu'il n'y a rien. Il reprend sa route.

Le son revient immédiatement, se transformant en bruit sourd insupportablement grave. Puis tout s'arrête à nouveau et vous distinguez un murmure à peine audible.



Tu aimes ça mais...
Tu es dépendant.

Même si ce n'est pas profond, même si c'est sensé guérir vite.
Ca devient profond.
Cicatrices.
Pendant plusieurs mois.
Puis des années.
Certaines à vie.

Limité au début, démesuré par la suite, étendu, toujours plus.

Retrait des autres, dans la honte permanente, et ce même si tu es la personne la plus honnête qui aie jamais vécu.
Mensonge.
Tu recules quand tes amis te touchent : ils pourraient le voir, ils pourraient te faire [du] mal.
Perte de contrôle. Tu ne sais plus à quel point c'est grave puisque c'est si habituel.
Toute ta vie, tes pensées tournent autour de ça.
Te cacher.

Un jour ça va trop loin.
Panique.
Ca coule, peut-être que ça ne s'arrêtera pas.

Merde, alors, ça va se voir.

Tu trembles ?
Crise d'angoisse, terreur mais... il ne faut surtout pas le dire.
Tu ne peux le dire à personne.

Tu es seul.

Alors tu jures que tu arrêteras, que jamais tu n'iras aussi loin.
Puis tu recommences, pire encore.

Tu prends soin de toi.
Histoire de ne pas finir à l'hôpital.

Mieux tu y arrives et pire tu deviens.

Mensonge, à toi même.

Stress, invention, imagination.
Tes pansemments deviennent anodins et tu espères n'être entouré que de dupes.
En priant pour que quelqu'un s'en rende compte.
Quelqu'un dans le même état que toi.
Lui comprendrait.

Mais il ne faut pas rêver.

Tu es comme tout le monde, tu prépares de nouvelles garde robes.

Du long, toujours du long, des mitaines, des bracelets.

Tu vois les gens différemment, tu les examines à la recherche de signes.
Les bras lisses te semblent faire éclater ta honte au grand jour.

Tu ne peux pas sortir sans "quelque chose".
Et si'l n'y a rien, il y a tout, de la clé au stylo. Tu trouveras toujours.

Un jour d'été normal à la plage où à la piscine n'est qu'un lointaine souvenir.

Démangeaisons.

De temps en temps tu craques. Tu te révoltes et tu sors à découvert.
Devant les yeux dégoûtés, les regards à la dérobée, tu oscilles entre le dégoût de toi et le dégoût des autres.
Puisque bien sûr ils sont intolérants.

Et pourtant... Tu ne t'es laissé aller qu'une seule fois.
Et cette fois là, tu n'as pas entendu la petite voix derrière ta peau.
Celle qui disait :

Bienvenue chez les automutilés.

Une maladie dont on met longtemps à sortir, des années à guérir, de longs mois inteminables entre fierté et rechute.
Puis un jour on découvre l'absurdité de la chose. Un recul que l'on aimerait donner à tous ceux qui sont encore dedans parce que quoi qu'ils disent ils ne l'ont pas. Même convaincus qu'ils doivent guérir, il leur manque ce recul.
Un jour, alors qu'on se sent fort de guérir, on se rend compte qu'on reste de toutes façons proches de la rechute.

Alors on regardes les traces qui restent et on se dit que ce sera ça la rechute : vivre avec les cicatrices sans se plaindre.
On se dit que ce doit absolument être ça, à tout prix, et rien de plus.

La honte subsiste, l'ambiguité aussi. De temps en temps, on crève d'envie de crier sur les toits qu'on a gagné, qu'on vit toujours... et le lendemain on fait celui qui a tout oublié.


Inspiré d'un texte trouvé sur un forum.

La vraie Amphétamine désépère de voir le soleil révèler ses secrets les plus persistants.
Une barre sur le poignet, une ligne sur la cuisse.
Mais tout ça n'a aucune importance, réveille toi mon enfant, ce n'était jamais qu'un mauvais rêve.
Vous reprenez vite vos habitudes autour de la maîtresse des lieux, le changement est infime mais reconnaissable.

Vous retournez donc explorer le labyrinthe des coulisses, espérant tomber sur un nouveau mystère à découvrir tout en vous demendant pourquoi ces lieux exercent un tel atrait sur vous.
Vous rapelant que vous deviez des excuses au fantôme, vous décidez de partir à sa recherche non sans une petite crainte quelque part au fond de vous.

Machinalement vous vous retrouvez de nouveau sur les passerelles, à croire que vous les avez prises en affection. Et pourquoi pas ? N'abritent-elle pas durant les spectacle les rares personnes sensées de ce théâtre ?

Vous apercevez au loin une ombre plus pâle et plus blanche d'ordinaire.

Le fantôme n'est pas seul. Il tournoie, il virevolte, il danse.
Intrigué, vous vous approchez discrètement. C'est en vous demandant pourquoi cette valse sans musique ni partenaire que vous comprenez qu'il n'est pas seul.

Le sourire de Gamine pourrait illuminer l'endroit. Elle a perdu son expression grave, celle qui rend mal à l'aise, elle semble beaucoup plus jeune. Son corps de très jeune femme est redevenu celui d'une petite fille, elle a sept ans peut-être. Sa petite taille par contre restait la même.


- Curieux n'est ce pas ?

Vous sursautez violement. Luce se tient dangereusement proche de vous, elle et son étrange sourire.
Vous vous sentez gêné à l'idée d'être pris pour un voyeur. Par fierté vous rétorquez :


- Pourquoi donc ?

Elle rit doucement.

- Ne faites pas l'innocent. Lui est mort à vingt et un an depuis plus d'une centaine d'années et elle n'a que huit ans. Ils ne font que se voir différemment et nous, nous fermons les yeux pour ne voir que leur bonheur.

Vous vous tournez à nouveau vers le couple pour réaliser que leur attitude n'a en effet, rien de fraternelle. Pourtant le fantôme garde une distance respectueuse, mais oui, il y a quelque chose là derrière.

Vous ne savez que dire et cela tombe bien, Luce a de nouveau disparu.
En contemplant leur danse curieuse, vous vous rappellez le sang qui ruisselait de son corps. Le sang était apparu sans raison. Un simple souvenir, et vous l'aviez vu alors que d'autres n'en avaient pas conscience. Un souvenir, rien de plus.
Le corps de Gamine lorsqu'elle danse était dans ce cas aussi un souvenir. D'ailleurs d'où pouvait bien venir son nom ?

Comme en réponse à vos interrogations intérieures, leur danse cesse. Le fantôme effleure les temps de la fillette de ses lèvres et murmure :


- Virginia...

Un temps de silence se suspend.

Gamine ne sourit plus. Lentement elle s'éloigne, quittant du même temps son état second pour revenir à la normale.

Lorsqu'elle a totalement disparu le fantôme fait volte face et se dirige droit vers vous.

Extrêmement gêné d'avoir été remarqué malgré la distance, vous commencez à balbutier des mots au hasard. Il vous coupe :


- Il me semble que vous désirez converser avec moi. Retournons donc dans ma loge, nous y serons plus à l'aise.





L'effervescence habituelle s'est remise en route. Vous regardez les habitants reprendre leur cours normal sans trop comprendre pourquoi. Gamine se maquille, les techniciens vérifient les poulies, le fantôme se drape d'un costume de gentleman des temps anciens... à moins que ce ne soit précisément le bel habit de son temps.

En effet, cela faisait longtemps que le théâtre s'était figé. Ses habitants erraient dans les couloirs, il n'y régnait plus la même agitation.

Aujourd'hui le théâtre se remet en route, se réveille et se replace dans l'état de suspension qu'il n'aurait jamais dût quitter.

Elle a rempli quelques responsabilités.
Elle s'est surtout promenée avec grand plaisir dans des rues au dessus de cours d'eau.
Elle a écouté, raconté, peut-être même fait tomber morceau de masque. Elle l'espère.
Amphétamine est revenue.

La voix de Luce glisse à votre oreille.

- Jamais je ne lui ai vu tant de voyage dans ses yeux. Elle semble ailleurs. Et... heureuse.
On n'a jamais aussi peu appri.

Parce qu'on nous bourre le crâne de plus en plus vite, qu'on enchaîne les feuilles, les polycopiés, les il ne reste que deux semaines et les il faut boucler le programme.

Parce qu'on se force à avaler des trucs insipides qu'on revomira au lendemain des résultats, avec les intérêts.

Parce qu'on se tape un overdose d'intelligence stéréotypée, des dissertations à la chaîne.

Parce que c'est à l'école qu'on deviens des moutons, et cons pour le bonus. En enchaînant les plans de philo, de géo, d'histoire... En battant le record de qui ira les plus vite, qui en écrira le plus. Sans réfléchir.

C'est ça que nous apprend l'école : ne pas réfléchir.

Un maître mot ? L'automate-isme.

Parce qu'il parait que le rôle de conteuse avec des tas d'enfants autour de moi et d'autres sur mes genoux m'irait bien.

Quand j'aurai beaucoup voyagé et édité plein de livres je m'installerai dans une petite cabane et je raconterai mes histoires. Je serai vieille, pleine de plis et calme. Je ne changerai pas le monde mais sur mes genoux les petits ouvriront des yeux émerveillés et c'est ce qui le rendra plus beau. Et qui sait, peut être les enfants auront-ils le courage de prendre des contes au mot, peut-être ne feront-ils plus comme nous les enfants du futur, peut-être sauront-ils réaliser les rêves de tous les vrais enfants.
Peut-être qu'ils n'obéiront plus sagement aux adultes.
Qu'ils ne passeront plus bêtement leur bac.

Mes contes ne seront ni amers, ni durs, ni tristes.

De tous les mondes, celui du spectacle est le plus réel.

Photo : Le théâtre en chocolat. Bon d'accord l'article est un prétexte pour présenter un autre théâtre. Non ?

Vous vous levez, encore un peu étourdi par le spectacle. Vous avancez fiévreusement sur la scène déjà presque débarrassée, repensant vaguement à la dernière personne avec qui vous avez parlé, pupuce.
En levant la tête, vous appercevez deux hommes, plus vieux que tous ceux que vous aviez vus jusqu'ici dans le théâtre. Eux ne sont pourtant pas si vieux, la quarantaine sans doute. Ils contrastent avec les personnes que vous avez rencontrées ici. Alors qu'un des deux hommes s'éloigne, l'autre, grand et massif, vous fait signe de le rejoindre. Vous grimpez sur l'échelle devant vous et arrivez sur la passerelle. il remmonte un dernier câble que vous reconnaissez comme étant celui de la poupée enceinte, enlevée au préalable par Amphétamine. Précaution qui vous arrange bien, car le côté macabre d'une marionnette sans vie après un spectacle plus qu'en vie vous aurait sans doute un peu effrayé.
L'homme vous sourit en vous tendant chaleureusement une main solide quoi qu'abîmée par son travail. Vous conversez cordialement de choses et d'autres, du spectacle. Il est marrié, a l'air d'adorer sa femme, il a deux filles et un fils. Vous l'imaginez bien en père de famille aimant et aimé, cette vision vous réchauffe le coeur.

Il vous demande depuis combien de temps vous êtes ici.


Vous ne savez plus. Quelques jours sans doute, vous ne sauriez le dire.


- Faites attention, sortez un instant dès que vous le pourrez et le plus tôt possible ou vous resterez ici toute votre vie. Même en sachant que ma femme m'attendait, j'ai failli ne pas ressortir. Cet endroit est dangereux si des gens vous attendent dehors.

Vous demandez pourquoi, et pour quelle raison on ne pourrait pas sortir même si on en avait envie.


- En avez vous seulement envie ?

L'homme a raison, vous ne vous sentiriez pas en sécurité si vous ressortiez.


- Suivez mon conseil, sortez tant qu'il en est encore temps. Peu si vous le voulez, mais essayez d'y parvenir, histoire de retrouver la réalité.

Vous ne saisissez pas, le théâtre est pourtant aussi réel que les rues au dehors. Cependant... l'atmosphère ici est confinée, brûlante. On s'y sent bien voire somnolent, ralenti en tous les cas. Comme si l'on flottait.
Cet homme lui ne reste que le temps de son travail. C'est pour cela, songez-vous, pour cela qu'il vous semble si dynamique, si vif. En réalité et ne 'est pas plus que n'importe qui d'autre, ce sont les habitants du théâtre qui sont différents.


- Suivez mon conseil, poursuit l'homme, j'en ai vu passer des gens ici, vous même commencez déjà changer, vous êtes plus calme que lorsque vous êtes entré.

Vous protestez : vous aurait-on espionné ?

- On voit beaucoup de choses depuis ces passerelles, et il est rare que des gens entrent en dehors des représentations. les gens ici sont fous. Certes polis, doux, attentifs, claivoyants, courtois et aimables, mais néamoins fous. Ils ne sont pas de notre monde. Je travaille depuis vingt ans ici, et certains n'ont pas vieilli d'une année.

Vous demandez qui, l'homme ne semble pas vous entendre. Il poursuit.


- Tenez, Gamine. Elle devient folle de rage si quelqu'un ose l'appeler par son prénom et se méfie des hommes comme le ferait une vieille prostituée. Elle ne tolère que le Fantôme dans ses accès de fureur. Elle parle parfois mieux qu'Amphétamine avec des airs d'enfant de six ans.
Ces gens sont pourtant très gentils et j'apprécie beaucoup leur présence. Seulement, il se passe suffisemment de choses étranges pour qu'elles me fassent peur et m'empêchent de trop chercher à en savoir plus.

A ses paroles, vous repensez vaguement à la petite. Elle vous avait paru tout à fait normale à votre première entrevue, seulement un peu distraite.
Le deuxième technicien revient à son tour. Lui aussi vous tend la main, que vous serrez volontier. Il poursuit la conversation comme s'il avait lui même parlé depuis tout à l'heure
.

- Ce théâtre est suspendu quelque part entre la vie et le temps. N'importe qui n'y entre pas, et quiconque décide d'en sortir ne serait-ce que pour prendre l'air est condamné à ne jamais en faire pleinement partie. Nous sommes un intermédiaire ici et nous mettons en garde les visiteurs tels que vous. Cela agace profondément Amphétamine mais elle comprend malgré tout qu'elle n'a pas la droit de garder des prisonniers s'ils ne savent pas pourquoi ils le sont.
Nous devons repartir, peut-être nous verrons nous demain au spectacle ?

Vous haussez les épaules, plus inquiet que vous ne le laissez paraitre. Saluant les techniciens, vous vous dirigez sur les passerelles, un peu au hasard. Appercevant le fantôme sur l'une d'elle, un peu plus loin, vous redescendez par la première échelle et cherchez la sortie. Vous la trouvez, mais plus difficilement que vous ne l'auriez pensé.

Alors que vous vous apprêtez à franchir la porte, la voix off vous arrête tout net.


Où allez vous donc ?

Vous marmonez vaguement l'excuse de vouloir prendre un peu l'air, furieux de vous sentir plus coupable qu'un enfant pris en flagrant délit la main dans la boîte de bonbons.

Ainsi donc vous souhaitez nous quitter.

La voix off pèse lourd de reproches. Dans un accès de lucidité ressemblant plus à un accès de folie, vous ouvrez la porte et vous jettez dehors.

La lumière vous fait l'effet d'une gifle. L'atmosphère vous provoque un choc que vous assimilez à celui qu'on inflige aux arrêts cardiaques pour les contrer. Vous sentez chaque partie de votre corps et plus encore la pesanteur qui les lie à la terre. Vos poumons se glacent, votre cerveau vous semble tourner en accéléré.
Choqué, vous restez un moment sur place, quelques minutes, ou quelques heures vous ne savez pas exactement.

Une pointe de colère monte en vous. Le théâtre vous a manipulé, lui et tous ses habitants. Vous décidez de partir une bonne fois pour toutes. Vous avancez au bord de la rue, vous apprêtant à traverser quand une voiture passe devant vous à une telle vitesse que vous ne pouvez vous empêcher de penser que le chauffard veut vous tuer. Ce contre temps vous laisse un instant, juste assez long pour vous tourner une dernière fois vers le théâtre.

Sans réfléchir, vous faites demi tour. Il est absurde d'avoir voulu le quitter, quelle folie s'est donc emparée de vous ? Vous repoussez la porte, lourde, et vous réfugiez derrière, là où les voitures n'entreront pas.
Une fois vos yeux réhabitués à la pénombre, la silhouette d'Amphétamine se dessine.


- Auriez vous vraiment eu le coeur de nous quitter ? Non, non, ne répondez pas. Ils sont très gentils mais n'ont pas tout à fait comprit tous les mystères de ce théâtre. Vous pouvez rester ou ressortir tant qu'il vous plaira, mais ne partez plus comme vous l'avez fait, s'il vous plait.
Et tachez de réviser votre jugement à mesure que vous apprendrez nos secrets. Il ne fait bon de juger trop vite, vous n'avez pas encore rencontré tout le monde.

Amphétamine s'éloigne sans attendre une réponse de votre part. Ne sachant trop que faire, vous décidez de suivre son conseil. Pour vous racheter, vous partez à la recherche de la première personne que vous avez offensée à votre arrivée, le fantôme.